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Les maîtres

Jeb Blount : à talent égal, c'est l'intelligence émotionnelle qui fait signer (Sales EQ)

· 16 min de lecture · Mis à jour juillet 2026 · 8 sources

La première fois que je me suis réécouté sur un appel que j'avais perdu, j'ai eu envie d'éteindre l'enregistrement au bout de 90 secondes. Techniquement, je n'avais rien raté : bonne découverte, bonne offre, bon prix. Mais dans ma voix, il y avait un truc que je ne pouvais plus ignorer. Une petite tension, une accélération quand le silence durait, une relance de trop. J'avais besoin que ce prospect signe, et ça s'entendait. Lui aussi l'a entendu.

C'est exactement ce que Jeb Blount appelle le Sales EQ. Son idée est simple et un peu vexante : à compétence égale, ce n'est pas la meilleure méthode qui gagne, c'est celui qui gère le mieux ses propres émotions et lit le mieux celles d'en face. J'ai longtemps cru que la vente était un problème de script. Blount m'a fait voir que c'était d'abord un problème de température intérieure. Voici sa thèse, ce que la recherche en valide, et ce que ça change concrètement sur ton prochain appel.

L'essentiel

  • Jeb Blount, fondateur de Sales Gravy et auteur de Sales EQ (2017), défend une idée nette : à produit, prix et méthode équivalents, c'est l'intelligence émotionnelle qui départage deux personnes qui vendent.
  • Cette intelligence a deux faces : gérer ses propres émotions (peur du rejet, empressement, désespoir) et lire puis apaiser celles du prospect.
  • Le poison numéro un, c'est le besoin. Quand tu as besoin de la vente, ça s'entend, et le prospect s'en éloigne. Dans Objections, Blount décrit 7 émotions qui te sabotent, dont le désespoir qui te rend « moins attirant ».
  • La recherche valide le lien, mais avec une nuance : l'émotion ne fait pas signer toute seule, elle agit à travers des comportements concrets comme la vente adaptative et l'orientation client.
  • Bonne nouvelle : ce n'est pas un don. Reconnaître son émotion, remettre le cerveau rationnel aux commandes, ne pas être en besoin, ça se travaille comme un muscle.

L'hypothèse de départ

Bien vendre, c'est une question de méthode et de technique. Le meilleur script, la meilleure structure d'appel, les meilleures réponses aux objections : celui qui les maîtrise gagne.

C'est ce que je croyais en arrivant du chiffre. Sauf que j'ai vu des gens avec un script parfait perdre des ventes que d'autres, moins outillés, signaient calmement. La variable cachée, ce n'était pas la technique. C'était l'émotion dans la pièce.

À compétence égale, qu'est-ce qui fait basculer la vente ?Ce qui s'égaliseMême produitMême prixMême méthodeCe qui ne suffit pasLe QI brutLe diplômeLes annéesCe qui fait basculerGérer ton émotionLire la sienneRester poséle Sales EQ
La thèse de Jeb Blount, résumée. Quand tout le reste s'égalise, produit, prix, méthode, ce n'est ni le QI ni l'ancienneté qui départagent, c'est l'intelligence émotionnelle appliquée à la vente. Figure qualitative, sans donnée chiffrée.

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Qui est Jeb Blount, et pourquoi l'écouter§

Jeb Blount n'est pas un universitaire, et c'est important de le dire d'entrée. C'est un praticien. Il est le fondateur et dirigeant de Sales Gravy, une société de formation à la vente, et l'auteur d'une longue série d'ouvrages devenus des références chez ceux qui vendent pour vivre : Fanatical Prospecting sur la prospection, Sales EQ sur l'intelligence émotionnelle, puis Objections sur l'art de passer les « non ». Son propos ne sort pas d'un laboratoire, il sort de milliers de conversations de vente observées et accompagnées.

Je préfère le prévenir tout de suite, parce que ça oriente la lecture. Quand un praticien affirme quelque chose, ce n'est pas une preuve scientifique, c'est une intuition de terrain. La bonne nouvelle, c'est que sur l'intelligence émotionnelle, l'intuition de terrain de Blount rejoint une littérature de recherche réelle, que je vais te détailler plus loin. Mon rôle d'ex-fiscaliste, ici, c'est justement de séparer ce qui est solidement étayé de ce qui reste une conviction d'auteur. Les deux ont de la valeur, à condition de ne pas les confondre.

Ce qui rend Blount intéressant pour toi, coach ou consultant qui vend son accompagnement en visio, c'est qu'il ne parle pas de manipulation. Sa vente n'est pas une vente de pression. C'est une vente où l'enjeu numéro un est ta capacité à ne pas te laisser déborder par tes propres émotions pendant que tu écoutes vraiment celles du client. Ça tombe bien : c'est exactement le terrain de quelqu'un qui vend une transformation humaine, pas un gadget.

Autre chose qui me plaît chez lui : il refuse le fantasme du talent inné. Pour Blount, l'intelligence émotionnelle en vente n'est pas un don réservé aux charismatiques. C'est une compétence, faite de reconnaissance des émotions et de régulation, donc quelque chose qui s'apprend et se muscle. Pour celui qui se dit « je ne suis pas un commercial dans l'âme », c'est une porte, pas un mur.

La thèse centrale : l'émotion décide, la logique justifie§

Le cœur de Sales EQ tient en une phrase : les gens achètent pour des raisons émotionnelles et justifient ensuite avec de la logique. Ça n'a l'air de rien, mais ça retourne toute la façon dont on prépare un appel. Si tu crois que la décision est logique, tu passes ton temps à empiler des arguments rationnels. Si tu comprends qu'elle est d'abord émotionnelle, tu passes ton temps à gérer le climat émotionnel de la conversation.

Blount va plus loin. Il affirme que cette intelligence émotionnelle spécifique à la vente pèse davantage sur le résultat que le diplôme, l'expérience, la connaissance produit ou le QI brut. C'est une affirmation forte, et je te la donne comme telle : c'est la conviction d'un praticien, pas un théorème. Mais elle a le mérite de pointer une vérité que beaucoup ressentent sans savoir la nommer. Tu as déjà vu quelqu'un de moins expérimenté que toi signer plus, plus sereinement. La différence n'était pas dans son savoir. Elle était dans sa température.

Concrètement, le Sales EQ a deux faces. La première tournée vers l'intérieur : ta capacité à repérer ce que tu ressens en appel, la peur, l'excitation, l'agacement, et à ne pas laisser ces émotions piloter ton comportement. La seconde tournée vers l'extérieur : ta capacité à lire l'état émotionnel du prospect, ses hésitations, sa méfiance, son enthousiasme, et à y répondre au lieu de dérouler ton plan comme un robot.

Quand j'ai lu ça, j'ai repensé à mes années de compta. Un dossier fiscal, c'est froid : des chiffres, des règles. J'ai cru pouvoir transposer cette froideur à la vente. Erreur. Un appel de vente, c'est deux systèmes nerveux dans la même pièce virtuelle. Ignorer l'émotion, ce n'était pas être « professionnel », c'était être aveugle à la moitié de ce qui se jouait. La thèse de Blount, c'est de remettre cette moitié au centre.

Les émotions qui te sabotent (et que le prospect sent)§

Dans Objections, Blount identifie 7 émotions perturbatrices qui sabotent celui qui vend : la peur, le désespoir, l'insécurité, le besoin de compter, l'attachement, l'empressement et l'inquiétude. Ce ne sont pas des défauts moraux, ce sont des réactions humaines normales. Le problème, c'est qu'en appel, elles prennent le volant à ta place et te font faire des choses que ton cerveau rationnel n'aurait jamais validées à froid.

Prends l'empressement. Tu sens que ça peut signer, alors tu accélères, tu enchaînes, tu remplis les silences. Blount le résume d'une formule que je trouve juste : à trop vouloir, tu deviens la marionnette de l'acheteur. Tu ne mènes plus la conversation, tu cours après. Prends le désespoir : selon lui, il te rend instantanément moins attirant, ce qui déclenche encore plus de rejet, dans un cercle vicieux. L'émotion que tu voulais cacher est précisément celle qui te coûte la vente.

Le mécanisme commun à ces 7 émotions, c'est qu'elles court-circuitent la partie rationnelle de ton cerveau. Blount décrit très bien ce basculement : sous le coup de la peur ou de l'attachement, ton cerveau émotionnel prend le dessus, et tu réagis avant de réfléchir. La compétence, ce n'est donc pas de ne rien ressentir, c'est de reconnaître l'émotion assez tôt pour remettre ton cerveau rationnel aux commandes avant qu'un comportement stupide ne sorte.

Je le vois sur presque tous les appels que j'analyse. La fuite n'est presque jamais technique. Elle est émotionnelle. Une relance de trop parce que tu avais peur du silence. Un rabais lâché parce que l'objection t'a insécurisé. Un « je vous rappelle lundi » avalé sans creuser parce que tu voulais fuir l'inconfort. Chaque fois, c'est une des 7 émotions de Blount qui a pris le volant deux secondes de trop.

Les 7 émotions qui prennent le volant (Objections, Blount)PeurDésespoirInsécuritéBesoin de compterAttachementEmpressementInquiétudeLa paradereconnaître, puis régulerChacune court-circuite ton cerveau rationnel. Le job n'est pas de ne rien sentir,mais de repérer l'émotion assez tôt pour reprendre les commandes.
Les 7 émotions perturbatrices décrites par Jeb Blount dans Objections. Elles prennent le volant avant que ta raison n'ait le temps de réagir. La compétence de vente, c'est de les reconnaître assez tôt pour te remettre aux commandes. Figure qualitative, sans chiffre.

Le vrai secret : ne pas être en besoin§

Si je devais garder une seule idée de tout Blount, ce serait celle-là. La chose qui te coûte le plus de ventes, ce n'est pas ton manque de technique, c'est ton besoin. Le besoin que ce prospect-ci signe, maintenant, parce que ton mois est juste, parce que ton ego a besoin d'un oui, parce que tu t'es déjà projeté avec l'argent. Ce besoin, tu crois le cacher. Tu ne le caches pas. Il fuit par ta voix, ton débit, tes relances.

La racine de ce besoin, c'est presque toujours la peur du rejet. On la sous-estime énormément. Les chercheurs George Dudley et Shannon Goodson ont consacré tout un travail à ce qu'ils appellent la réticence à l'appel, cette résistance intérieure à décrocher son téléphone ou à demander la vente, et ils l'attribuent en grande partie à la peur d'être rejeté. Et ce rejet n'est pas qu'une contrariété : les travaux du psychologue Mark Leary montrent que le rejet social active une véritable douleur, pas une simple gêne. Ton cerveau traite un « non » commercial un peu comme une menace.

Le piège, c'est que plus tu redoutes ce non, plus tu t'accroches, et plus tu t'accroches, plus tu deviens celui qu'on a envie de fuir. C'est le cercle vicieux du désespoir que décrit Blount : le besoin te rend moins attirant, ce qui génère plus de rejet, ce qui augmente ton besoin. On tourne. Sortir de cette boucle, ce n'est pas apprendre une réplique. C'est désamorcer, en amont, l'idée que ta valeur se joue sur cet appel précis.

Ce que j'ai fini par comprendre, et que Blount formule mieux que moi, c'est que le détachement n'est pas de l'indifférence. Tu peux tenir profondément à aider ton client tout en étant serein sur l'issue de cet appel-ci. C'est même ça, la posture qui signe : « je serais ravi de t'aider, et je vais parfaitement bien si ce n'est pas aujourd'hui ». Cette phrase, dite sincèrement à l'intérieur de toi avant de décrocher, change plus de choses que n'importe quel script. J'en ai fait un article entier sur la peur de s'écouter en appel, parce que c'est là que le besoin se voit noir sur blanc.

Le cercle vicieux du besoinTu as besoin de la venteÇa se voit : tu deviensmoins attirantLe prospect s'éloigne,plus de rejetTa peur du non monte,tu t'accroches encore
Le cercle vicieux que décrit Jeb Blount. Plus tu as besoin de la vente, plus ça se voit, plus le prospect s'éloigne, plus ta peur monte. On sort de la boucle par le détachement, pas par une réplique. Figure qualitative, sans chiffre.

Ce que dit vraiment la recherche§

Ici, je remets ma casquette d'ex-fiscaliste : on vérifie. L'intelligence émotionnelle fait-elle vraiment vendre plus, ou est-ce une jolie histoire ? La réponse honnête est nuancée, et elle est plus intéressante que le slogan. D'abord, au niveau global : la méta-analyse d'O'Boyle et de ses collègues, publiée en 2011 dans le Journal of Organizational Behavior, trouve une corrélation corrigée située entre 0,24 et 0,30 environ entre intelligence émotionnelle et performance au travail, selon la façon de la mesurer. C'est un lien réel, modéré, pas anecdotique, mais pas magique non plus.

Sur la vente précisément, l'étude qui fait référence est celle de Blair Kidwell et de ses collègues, parue en 2011 dans le Journal of Marketing. En suivant de vrais agents immobiliers et d'assurance, ils montrent que l'intelligence émotionnelle prédit la performance commerciale, et surtout qu'elle apporte quelque chose au-delà du QI et de la personnalité. Autrement dit, à intelligence cognitive égale, celui qui gère mieux les émotions vend davantage et retient mieux ses clients. Voilà une validation solide de l'intuition de Blount.

Mais c'est McFarland, Rode et Shervani, dans le Journal of the Academy of Marketing Science (2016), qui donnent la nuance la plus utile. Leur résultat : l'intelligence émotionnelle ne fait pas signer directement. Elle agit à travers des comportements concrets, la vente adaptative (adapter son approche à chaque client) et l'orientation client (chercher réellement à servir plutôt qu'à pousser). L'émotion bien gérée est un carburant, pas un tour de magie. Si elle ne se transforme pas en meilleur comportement en appel, elle ne produit rien.

Enfin, une étude plus récente et moins connue mérite le détour, parce qu'elle corrige une naïveté fréquente. Kidwell et ses collègues, toujours dans le Journal of Marketing (2021), montrent qu'il ne suffit pas d'avoir de l'intelligence émotionnelle : il faut une confiance ajustée à son niveau réel, ce qu'ils appellent le calibrage émotionnel. Être trop sûr de sa lecture des émotions nuit autant qu'en manquer. Celui qui performe le mieux est celui dont la confiance colle à sa compétence réelle. La leçon : travaille ton intelligence émotionnelle, mais reste lucide sur ce que tu sais vraiment lire.

Le calibrage émotionnel (Kidwell et al., 2021)Compétencefaiblepeu sûrtrès sûrConfiance dans ta lecture des émotionszone calibréecalibrésur-confiantsous-confiantTrop de confiance ou pas assez :la performance baisse des deux côtés.
Avoir de l'intelligence émotionnelle ne suffit pas. Selon Kidwell et ses collègues (2021), c'est le calibrage qui compte : la confiance dans ta lecture des émotions doit coller à ta compétence réelle. Trop sûr ou pas assez, la performance chute. Figure qualitative, sans chiffre.

Comment l'appliquer à TON prochain appel§

Assez de théorie. Voici comment je traduis Blount en gestes concrets pour un coach ou consultant qui vend en visio. Premier geste, avant l'appel : règle ton besoin. Prends 30 secondes pour te dire honnêtement « je vais parfaitement bien si celui-ci ne signe pas ». Si c'est faux, si ton mois dépend vraiment de cet appel, c'est un signal business à traiter en amont, parce qu'un pipeline trop sec fabrique mécaniquement du besoin, et le besoin se paie en appel.

Deuxième geste, pendant l'appel : nomme ton émotion en silence. Blount insiste sur le fait que la régulation commence par la reconnaissance. Au moment où tu sens l'accélération monter, dis-toi intérieurement « là, c'est de l'empressement ». Ce simple étiquetage suffit souvent à remettre ton cerveau rationnel aux commandes. Tu ralentis, tu laisses le silence exister, tu poses la question au lieu de la remplir à sa place.

Troisième geste : lis l'émotion d'en face avant de traiter le contenu. Quand un prospect dit « il faut que j'en parle à mon associé », il y a du contenu (une objection) et de l'émotion (souvent de l'hésitation ou une peur de s'engager). Si tu traites le contenu sans l'émotion, tu argumentes dans le vide. Reconnais d'abord l'état : « c'est normal de vouloir en discuter, qu'est-ce qui te ferait hésiter, toi, en dehors de ton associé ? ». Tu apaises avant d'avancer.

Quatrième geste, et c'est celui que je préfère : réécoute-toi. C'est l'outil le plus brutal et le plus efficace. La science te dit que ton calibrage compte, or tu ne peux pas te calibrer sans te confronter à ce que tu fais vraiment. Réécoute un appel perdu et repère l'instant précis où une émotion a pris le volant. Ce n'est jamais agréable, mais c'est là qu'est ta vraie marge de progression, bien plus que dans un énième script. C'est exactement la logique de la compta de tes appels.

Le geste qui change tout

Avant de décrocher, dis-toi sincèrement : « je serais ravi de l'aider, et je vais très bien si ce n'est pas aujourd'hui. » Le détachement n'est pas de l'indifférence, c'est ce qui te rend enfin écoutable.

Les limites et les pièges de l'idée§

Autant j'adhère au fond, autant il faut être honnête sur les zones grises. Première limite : la notion même d'intelligence émotionnelle est débattue chez les chercheurs. Il existe plusieurs façons de la définir et de la mesurer, et selon la méthode, les corrélations avec la performance varient. Quand Blount en parle comme d'une évidence, il gomme un débat scientifique réel. Ça ne l'invalide pas, mais ça invite à la prudence sur les affirmations trop tranchées du type « c'est LE facteur numéro un ».

Deuxième limite, et elle découle de la recherche que je viens de citer : l'émotion sans comportement ne produit rien. On peut lire un livre sur le Sales EQ, se sentir plus « conscient » de ses émotions, et ne rien changer à sa façon de vendre. Or c'est le comportement en appel, la vente adaptative, l'écoute réelle, qui fait la différence, pas la conscience émotionnelle en soi. Le risque, c'est de transformer une compétence en posture intellectuelle qui ne descend jamais dans les gestes.

Troisième piège, plus insidieux : l'intelligence émotionnelle peut servir de vernis à de la manipulation. Lire finement les émotions de quelqu'un pour lui vendre ce dont il n'a pas besoin, c'est possible, et ce n'est pas rare. Blount, lui, plaide clairement pour l'inverse : servir, pas pousser. Je tiens à le souligner parce que la même compétence peut nourrir une posture intègre ou une posture de pression. Ce n'est pas l'outil qui décide, c'est ton intention. Pour toi qui vends une transformation, cette frontière n'est pas un détail, c'est le métier.

Dernière nuance, personnelle. L'intelligence émotionnelle ne remplace pas une offre solide ni une vraie qualification. J'ai vu des gens tellement obsédés par « la connexion émotionnelle » qu'ils oubliaient de vérifier si le prospect avait le budget et le problème. L'émotion bien gérée ouvre la porte, elle ne fait pas entrer n'importe qui. Elle est nécessaire, elle n'est pas suffisante. C'est un carburant, pas un moteur complet.

Le verdict§

Jeb Blount a raison sur l'essentiel : à compétence égale, c'est l'émotion qui décide. La sienne d'abord, celle du prospect ensuite. Sa liste des 7 émotions qui sabotent, et surtout son insistance sur le besoin comme poison numéro un, sonnent juste et rejoignent ce que je vois sur les appels que j'analyse. La recherche appuie l'intuition, avec une nuance capitale : l'intelligence émotionnelle ne fait pas signer toute seule, elle agit en se transformant en comportements concrets, écoute réelle et adaptation au client.

Ce que je retiens pour toi : ne cherche pas le script parfait, cherche à ne plus être en besoin. Règle ton pipeline pour ne pas dépendre d'un appel, nomme tes émotions en direct pour reprendre les commandes, et réécoute-toi pour te calibrer. Blount n'est pas un savant, c'est un praticien lucide, et sur ce sujet son terrain rejoint la science. Le jour où tu vends détaché, sincèrement prêt à entendre non, tu ne fais pas que signer plus. Tu redeviens quelqu'un qu'on a envie d'écouter.

Tu vois le mécanisme. Voilà par où on continue, chiffres à l'appui :

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Questions fréquentes

Le Sales EQ, c'est l'intelligence émotionnelle appliquée à la vente, telle que Jeb Blount la décrit dans son livre Sales EQ (2017). Sa thèse : à compétence, produit et prix égaux, ce qui départage deux personnes qui vendent la même chose, c'est leur capacité à gérer leurs propres émotions et à lire celles du prospect. Blount considère cette intelligence émotionnelle spécifique à la vente comme plus déterminante que le diplôme, l'expérience ou le QI brut. La recherche récente va dans le même sens, à condition de préciser : l'émotion agit surtout à travers des comportements concrets comme la vente adaptative.

Parce qu'elle te met en besoin. Quand tu as peur qu'on te dise non, tu t'accroches au résultat, et cette tension se voit : ta voix, ton débit, tes relances trahissent que tu as besoin de la vente. Or, comme le résume Jeb Blount dans Objections, le désespoir te rend instantanément moins attirant, ce qui génère encore plus de rejet, dans un cercle vicieux. Gérer sa peur du rejet n'est pas du confort personnel, c'est une compétence de vente : celui qui n'est pas en besoin garde la tête froide, pose de meilleures questions et laisse au prospect l'espace de décider.

Oui, mais indirectement. La méta-analyse d'O'Boyle et ses collègues (2011) trouve une corrélation corrigée de l'ordre de 0,24 à 0,30 entre intelligence émotionnelle et performance au travail. Sur la vente précisément, Kidwell et ses collègues (2011) montrent que l'intelligence émotionnelle prédit la performance d'agents immobiliers et d'assurance, même en contrôlant le QI. Mais McFarland, Rode et Shervani (2016) précisent le mécanisme : l'émotion ne fait pas signer toute seule, elle passe par des comportements concrets, la vente adaptative et l'orientation client. L'émotion bien gérée est un carburant, pas un tour de magie.

Non, et c'est tout l'intérêt de l'approche de Jeb Blount. Il ne parle pas d'un don, mais d'une compétence qui se travaille : reconnaître ce que tu ressens en appel, remettre ton cerveau rationnel aux commandes avant de réagir, ne pas te laisser piloter par la peur ou l'empressement. L'étude de Kidwell et ses collègues (2021) sur le calibrage émotionnel montre même qu'il ne suffit pas d'avoir de l'intelligence émotionnelle : il faut une confiance ajustée à son niveau réel. Trop ou trop peu de confiance nuit à la performance. Ça se règle, ça s'entraîne.

Sources

Article de synthèse sur l'œuvre de Jeb Blount, croisée avec la recherche évaluée par les pairs sur l'intelligence émotionnelle et la performance de vente. Les affirmations de Blount sont présentées comme des convictions de praticien ; les résultats de recherche sont attribués à leurs auteurs. Les figures illustrent les mécanismes de façon qualitative, sans donnée chiffrée inventée.

Blount, J. (2017), Sales EQ: How Ultra High Performers Leverage Sales-Specific Emotional Intelligence to Close the Complex Deal, Wiley : à compétence égale, l'intelligence émotionnelle spécifique à la vente départage les résultats.

Blount, J. (2018), Objections: The Ultimate Guide for Mastering the Art and Science of Getting Past No, Wiley : les 7 émotions perturbatrices (peur, désespoir, insécurité, besoin de compter, attachement, empressement, inquiétude) et le désespoir qui « rend instantanément moins attirant ».

Kidwell, B., Hardesty, D. M., Murtha, B. R. & Sheng, S. (2011), « Emotional Intelligence in Marketing Exchanges », Journal of Marketing, 75(1), 78-95 : l'intelligence émotionnelle prédit la performance d'agents immobiliers et d'assurance, au-delà du QI.

McFarland, R. G., Rode, J. C. & Shervani, T. A. (2016), « A contingency model of emotional intelligence in professional selling », Journal of the Academy of Marketing Science, 44(1) : la vente adaptative et l'orientation client médiatisent le lien entre intelligence émotionnelle et performance.

Kidwell, B., Hasford, J., Turner, B., Hardesty, D. M. & Zablah, A. R. (2021), « Emotional Calibration and Salesperson Performance », Journal of Marketing, 85(6), 141-161 : la performance est maximale quand la confiance émotionnelle est calibrée sur la compétence réelle.

O'Boyle, E. H., Humphrey, R. H., Pollack, J. M., Hawver, T. H. & Story, P. A. (2011), « The relation between emotional intelligence and job performance: A meta-analysis », Journal of Organizational Behavior, 32, 788-818 : corrélation corrigée d'environ 0,24 à 0,30 avec la performance.

Doğru, Ç. (2022), « A Meta-Analysis of the Relationships Between Emotional Intelligence and Employee Outcomes », Frontiers in Psychology, 13:611348 : liens de l'intelligence émotionnelle avec la performance, la satisfaction et un stress moindre.

Dudley, G. W. & Goodson, S. L., The Psychology of Sales Call Reluctance, Behavioral Sciences Research Press : la réticence à l'appel s'enracine largement dans la peur du rejet (à rapprocher des travaux de Mark Leary sur la douleur sociale du rejet).

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Léo Fanouillet

Léo Fanouillet · Académie Sales

Moi c'est Léo. Ex-fiscaliste, aujourd'hui j'analyse les appels de vente des indépendants comme je lisais leur compta : des chiffres, une fuite, une correction. Zéro promesse magique, zéro jargon de gourou. Si tu veux en parler, écris-moi en DM.

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