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Tes vrais appels

Pourquoi deux coachs à offre égale font 3k et 12k

· 24 min de lecture · Mis à jour juillet 2026 · 7 sources

Il y a deux ans, j'aurais mis l'écart sur le dos du talent. Deux coachs qui vendent la même chose, l'un fait 3000 euros par mois, l'autre 12000, et la conclusion paresseuse tombe toute seule : « lui, il est juste meilleur ». Sauf que j'ai passé ma vie d'avant dans les chiffres des autres, et les chiffres n'aiment pas les explications paresseuses. Quand tu ouvres le compte, le mot « talent » ne s'y trouve nulle part. À la place, tu trouves deux nombres tout bêtes que personne ne regarde.

Ces deux nombres se jouent au même endroit, dans les 45 minutes d'un appel de vente. Cet article décompose le chiffre d'affaires d'un coach comme je décomposais un bilan, facteur par facteur, pour te montrer noir sur blanc d'où sort le rapport de 1 à 4. Tu vas voir que ce n'est ni le marketing, ni l'offre, ni la chance. Et à la fin, tu feras le calcul avec tes propres nombres.

L'essentiel

Le chiffre d'affaires d'un coach n'est pas un bloc, c'est un produit de trois facteurs : nombre d'appels, taux de conversion, prix réellement tenu par vente. À offre égale et à volume égal, deux coachs finissent à 3000 et 12000 euros parce que l'un signe un appel sur vingt en cédant sur le prix, et l'autre un sur cinq en tenant son tarif. La conversion porte l'amplitude la plus large, le prix tenu porte la rentabilité la plus directe, et les deux se décident dans la conversation de vente. Le talent et le trafic expliquent l'écart bien moins qu'on ne le croit.

L'hypothèse de départ

Si l'autre coach fait quatre fois mon chiffre avec la même offre, c'est qu'il a mieux réussi : plus de talent, un meilleur réseau, un coup de chance, un marketing plus malin. Le delta, c'est lui, pas un truc que je peux reproduire.

C'est l'histoire qui console. En réalité, le delta tient dans deux nombres mesurables qui se jouent tous les deux à l'intérieur de l'appel, et qui se travaillent.

Ton chiffre du mois n'est pas un blocAppelscombien rentrent×Tauxcombien signent×Prix tenucombien par vente= CAChange un seul de ces trois nombres et tout ton mois change. Deux d'entre eux se jouent dans l'appel.
Le chiffre d'affaires d'un coach se décompose en trois facteurs qui se multiplient. Le premier (le nombre d'appels) est le plus visible, mais c'est le seul qui vit hors de la conversation. Les deux autres, le taux et le prix tenu, se décident entièrement pendant l'appel.

Nouveau ici ? Commence par le manifeste → Ton service est excellent, ta vente non

L'illusion du « il a juste mieux réussi »§

Quand un confrère fait quatre fois ton chiffre avec une offre jumelle de la tienne, ton cerveau cherche une explication en un mot. Talent. Chance. Réseau. Aura. Toutes ces réponses ont un point commun : elles sont hors de ta portée, donc elles te déchargent. Si c'est du talent inné, tu n'as rien à te reprocher, et surtout rien à changer. C'est confortable, et c'est faux.

Je le sais parce que j'ai fait le métier inverse pendant des années. Un fiscaliste ne regarde jamais une entreprise en se disant « ses dirigeants sont plus doués ». Il ouvre les comptes et il cherche où l'argent entre, où il sort, où il fuit. Deux boîtes du même secteur avec le même chiffre d'affaires peuvent avoir des résultats opposés, et ça ne tient jamais à la magie. Ça tient à des postes précis, identifiables, ligne par ligne. La vente, c'est pareil, sauf que presque personne ne tient les comptes de ses appels.

Regarde ce que « mieux réussi » cache vraiment. Deux coachs qui vendent un accompagnement à 3000 euros, qui reçoivent chacun une vingtaine d'appels par mois, et qui affichent exactement le même prix sur exactement la même page. Rien ne les distingue en amont. Et pourtant l'un encaisse 3000 euros sur le mois, l'autre 12000. Le mot « talent » ne t'explique pas ce rapport de 1 à 4. Il te dispense juste de le comprendre.

Ce que la recherche sur la performance individuelle raconte est encore plus dérangeant que ton intuition. Pendant des décennies, on a supposé que la performance des gens suivait une courbe en cloche : une grosse majorité au centre, quelques bons et quelques mauvais aux extrêmes. En 2012, Ernest O'Boyle et Herman Aguinis ont analysé plus de 630000 personnes et démoli cette idée. La performance individuelle ne suit pas une courbe en cloche, elle suit une loi de puissance : une minorité produit une part énorme du résultat, et l'écart entre le haut et le milieu est bien plus large que la moyenne ne le laisse croire. Traduit dans ton monde : oui, l'écart de chiffre entre deux coachs peut être béant. Mais ce n'est le signe ni d'un don, ni d'un mystère. C'est le signe qu'un ou deux nombres mesurables ont divergé.

Décompose ton chiffre : appels × taux × prix tenu§

Voici l'équation la plus utile que tu verras cette année, et elle tient sur une ligne. Ton chiffre d'affaires d'un mois est égal au nombre d'appels de vente que tu passes, multiplié par ton taux de conversion, multiplié par le prix réellement tenu par vente. Trois nombres, une multiplication. Tout le reste, ton branding, tes stories, ton logo, ta bio, agit uniquement à travers ces trois nombres, ou n'agit pas du tout.

Cette décomposition n'a rien de personnel, c'est de l'arithmétique de gestion classique. Jay Abraham la formule depuis les années 90 sous une forme voisine : il n'existe que trois façons de faire grossir un chiffre d'affaires, augmenter le nombre de clients, augmenter le panier moyen, augmenter la fréquence d'achat. Pour un coach qui vend au call, ça revient exactement à mes trois facteurs. Le nombre d'appels alimente le nombre de clients. Le taux de conversion transforme ces appels en clients. Le prix tenu, c'est ton panier. Rien d'ésotérique, juste les trois seuls endroits où ton chiffre peut bouger.

L'intérêt de poser l'équation, c'est qu'elle interdit les explications vagues. « Il a mieux réussi » ne rentre pas dans la formule. Ce qui rentre, c'est : est-ce qu'il passe plus d'appels que toi, est-ce qu'il en signe une plus grande proportion, ou est-ce qu'il encaisse plus par vente. Une de ces trois cases, ou plusieurs. Il n'y a pas de quatrième case cachée où loger le talent. Le talent, s'il existe, se lit dans une de ces trois colonnes, pas à côté.

Et c'est là que le diagnostic devient tranchant. Sur ces trois facteurs, un seul vit à l'extérieur de ta conversation de vente : le nombre d'appels, qui dépend de ton trafic, de ta visibilité, de ton contenu. Les deux autres, le taux et le prix tenu, se décident intégralement pendant les 45 minutes où tu es en ligne avec un humain. Autrement dit, deux tiers de l'équation qui produit ton chiffre se jouent dans un endroit que tu ne regardes probablement jamais : l'enregistrement de tes propres appels.

Quand tu accuses tes leads, tu accuses un facteur sur trois. Les deux autres, ceux qui font le plus souvent la différence, tu les décides toi, en appel.

D'où je parle

J'ai analysé plus de 170 appels de coachs et consultants, ligne par ligne, comme je lisais leurs comptes avant. Le schéma revient tout le temps : deux personnes, la même offre, la même page de vente, et un rapport de 1 à 3 ou 1 à 4 sur le chiffre. À chaque fois, la fuite n'était ni sur la page ni dans la pub. Elle était dans deux moments précis de l'appel, toujours les mêmes, que la personne ne s'était jamais réécoutée faire.

En 30 minutes, je décompose ton chiffre en appels, taux et prix tenu, et je te montre lequel des trois te coûte le plus →

Deux coachs, la même offre, deux chiffres§

Passons du principe au calcul. Prenons deux coachs fictifs, appelons-les A et B, pour illustrer la mécanique. Tous les nombres qui suivent sont un exemple pédagogique, pas une statistique : je les choisis ronds pour que tu voies la structure, pas parce que je les aurais mesurés sur une population. L'important n'est pas la valeur exacte, c'est le rapport qu'elle produit.

Les deux vendent le même accompagnement, affiché 3000 euros. Les deux reçoivent 20 appels de vente dans le mois. Volume identique, offre identique, prix affiché identique. Sur le papier, ces deux-là devraient faire le même chiffre. Regardons ce qui se passe quand on remplit les deux cases qui manquent.

Le coach A signe 1 appel sur 20, soit 5 pour cent, et par malaise il cède presque toujours quelque chose sur le prix. Disons qu'il tient malgré tout son tarif sur sa seule vente. Son mois : 20 appels multipliés par 5 pour cent, ça fait 1 vente, multipliée par 3000 euros, ça fait 3000 euros. Le coach B, lui, signe 1 appel sur 5, soit 20 pour cent, et tient son prix. Son mois : 20 appels multipliés par 20 pour cent, ça fait 4 ventes, multipliées par 3000 euros, ça fait 12000 euros. Même offre, même trafic, rapport de 1 à 4. Toute la différence tient dans une colonne : le taux de conversion.

Deux coachs, tout est identique sauf une colonneEXEMPLEAppels reçus dans le mois2020Offre affichée3000 €3000 €Taux de conversion5 %20 %Ventes signées14Prix tenu par vente3000 €3000 €Chiffre du mois3000 €12000 €Coach ACoach B
Exemple pédagogique, chiffres ronds choisis pour montrer la structure. Tout est identique entre les deux coachs, sauf le taux de conversion : 5 pour cent contre 20 pour cent. Cette seule colonne suffit à produire un rapport de 1 à 4 sur le chiffre du mois. Aucune différence d'offre, de prix ou de trafic n'est nécessaire.

Prends une seconde pour mesurer ce que ça veut dire. Le coach A ne fait rien de « moins bien » que tu ne pourrais imaginer faire. Il reçoit autant d'appels, il propose la même chose au même prix. Sa seule différence, c'est qu'il transforme trois fois moins de conversations en clients. Et cette différence, invisible sur son site, invisible dans sa pub, invisible dans son offre, ne devient visible qu'à un seul endroit : dans l'enregistrement de ses appels. C'est précisément là que personne ne regarde, et c'est précisément là que se joue le rapport de 1 à 4.

Le plus gros de l'écart vient de la conversion§

Des trois facteurs, la conversion est celui qui a l'amplitude la plus large, et c'est important de comprendre pourquoi. Ton prix affiché, tu ne peux pas le multiplier par quatre du jour au lendemain sans changer d'offre : le marché a ses ordres de grandeur. Ton volume d'appels, tu peux le doubler, mais ça demande des mois de contenu, de la pub, de la patience, et c'est cher. La conversion, elle, peut passer de 5 à 20 pour cent sans que tu touches à un euro de budget ni à une ligne de ta page. Elle vit entièrement dans ta bouche, dans tes questions, dans tes silences, dans ta façon d'annoncer le prix.

Cette idée que la conversion est le point le plus rentable où appuyer n'est pas une lubie de coach. C'est un constat récurrent en optimisation de tunnel : améliorer un taux de transformation est plusieurs fois moins coûteux qu'aller chercher le même chiffre en gonflant le volume en entrée. La raison est mécanique. Le trafic, tu le paies à l'unité, encore et encore. La conversion, tu la répares une fois et elle s'applique à tous les appels suivants, gratuitement. Un point de conversion gagné travaille pour toi sur chaque conversation, pour toujours.

Il y a une deuxième raison, plus subtile, pour laquelle la conversion écrase les autres facteurs : elle se multiplie avec eux. Dans l'équation, les trois nombres ne s'additionnent pas, ils se multiplient. Ça veut dire qu'un gain de conversion démultiplie aussi la valeur de chaque euro de trafic et de chaque euro de prix. Le coach qui convertit à 20 pour cent tire quatre fois plus de valeur de chaque appel généré que celui qui convertit à 5 pour cent. Il rentabilise mieux sa pub, mieux son temps, mieux son énergie, sur exactement le même flux entrant. La conversion n'est pas une case parmi trois, c'est le multiplicateur qui décide de ce que valent les deux autres.

Le même flux d'appels, trois façons de le traiterEXEMPLEBase : 20 appels, 10 % de conversion, 3000 € tenuChiffre de départ6000 €7200 €+20 % de trafic (24 appels)seul12000 €Conversion 10 → 20 %×2 sur le chiffre7200 €Prix +20 % (3600 € tenu)
Exemple pédagogique à partir d'une base ronde. Gonfler le trafic de 20 pour cent ou le prix de 20 pour cent fait le même petit pas. Doubler la conversion, de 10 à 20 pour cent, double le chiffre. Le facteur le plus rentable est aussi celui qui se joue entièrement dans l'appel, sans dépenser un euro de plus.

Une nuance honnête, parce que je déteste les raccourcis. Multiplier par quatre son taux de conversion n'est pas une promesse ni une norme, et je ne te vends aucun chiffre garanti. Ce que je te montre, c'est où se situe la marge de manœuvre. Sur le volume et le prix affiché, ta marge est bornée par le marché et par ton budget. Sur la conversation, ta marge est bornée par ta seule maîtrise de l'appel, c'est-à-dire par quelque chose que tu contrôles et que tu peux entraîner. C'est pour ça que je passe mon temps dans les enregistrements plutôt que dans les tunnels de pub.

Le prix tenu, la variance que personne ne voit§

Reste le troisième facteur, le plus discret et le plus rentable une fois la conversion en place : le prix réellement tenu. Attention, je dis bien tenu, pas affiché. Deux coachs peuvent afficher 3000 euros et encaisser des montants très différents, parce que l'un tient son prix quand arrive l'objection et l'autre lâche une remise, un mois offert, un paiement étalé qui traîne, un « allez, 2200 pour te lancer ». Le prix affiché est une intention. Le prix tenu est un résultat, et il se décide dans les trois dernières minutes de l'appel.

Les économistes ont un nom pour ce phénomène : la dispersion des prix. Dès 1961, George Stigler montrait dans son article fondateur sur l'économie de l'information que, même pour un bien parfaitement identique, les prix réellement pratiqués varient fortement d'une transaction à l'autre. Cette dispersion, écrivait-il, est « la mesure de l'ignorance sur le marché ». Traduit pour toi : le même accompagnement, au même prix affiché, se vend en réalité à des prix éclatés selon qui le vend et comment il tient la conversation. Le prix affiché est une fiction commune. Le prix encaissé est une réalité individuelle.

Et cette réalité pèse plus lourd que tu ne l'imagines sur ton résultat, pas sur ton chiffre brut, sur ce qui te reste. Michael Marn et Robert Rosiello l'ont chiffré dans une étude devenue une référence de la Harvard Business Review en 1992 : pour une entreprise moyenne, 1 pour cent de prix réalisé en plus fait grimper le résultat opérationnel de 11,1 pour cent en moyenne, à volume constant. Un pour cent de prix, onze pour cent de profit. Parce que la remise que tu lâches ne se prélève pas sur ton chiffre, elle se prélève directement sur ce qui te reste une fois tes coûts payés. Chaque euro cédé en fin d'appel est un euro de marge nette qui s'évapore.

Hermann Simon, sans doute le meilleur spécialiste mondial du prix, va dans le même sens dans Confessions of the Pricing Man : parmi les trois moteurs du profit que sont le volume, le coût et le prix, le prix est de loin le plus puissant, et c'est celui qu'on néglige le plus. Il donne un exemple parlant : si une grande entreprise comme Sony relevait ses prix de 2 pour cent sans perdre de volume, son profit bondirait d'environ 236 pour cent. Le même mécanisme joue à ton échelle. Le coach qui tient 3000 quand l'autre cède à 2400 ne gagne pas 600 euros de plus, il garde 600 euros de marge quasi nette que l'autre a offerts par inconfort.

Même offre, même conversion, prix tenu différentEXEMPLE20 appels, 4 ventes chacun. Seul le prix tenu change.Tient son prix4 × 3000 €12000 €Cède 20 % à chaque fois4 × 2400 €9600 €vs2400 € de moins par mois, soit 28800 € sur l'année
Exemple pédagogique. Deux coachs signent le même nombre de clients au même rythme. L'un tient 3000 euros, l'autre cède 20 pour cent par malaise. La remise ne se voit pas sur le moment, mais elle sort presque entièrement de la marge. Sur l'année, l'écart devient le prix d'un salaire.

Ce que ces travaux disent tous, de Stigler à Simon, c'est que le prix réalisé n'est pas une donnée de marché figée, c'est une variable de comportement. Elle dépend de qui tient la conversation. Or ce comportement, tenir ou céder, ne se décide ni sur ta page de vente ni dans ta grille tarifaire. Il se décide dans une poignée de secondes, au moment où le prospect marque un silence après ton prix, et où tu choisis, sans t'en rendre compte, de meubler ce silence par une concession ou de le laisser vivre. Encore un facteur majeur de ton chiffre qui se joue à l'intérieur de l'appel.

Pourquoi l'écart peut être aussi large (et pourquoi c'est normal)§

À ce stade, une objection légitime : d'accord, la conversion et le prix tenu expliquent l'écart, mais un rapport de 1 à 4, ce n'est pas énorme pour deux nombres qui se jouent en 45 minutes ? Non. C'est même exactement ce à quoi il faut s'attendre quand deux facteurs se multiplient. Et la recherche sur la performance humaine confirme que ces écarts géants sont la règle, pas l'exception.

Reviens à O'Boyle et Aguinis. Si la performance suivait une courbe en cloche, les écarts entre individus resteraient modérés et symétriques autour d'une moyenne. Mais puisqu'elle suit une loi de puissance, la réalité est asymétrique : le haut de la distribution s'envole loin, très loin devant le milieu. Appliqué à ta profession, ça signifie que le rapport de 1 à 4 sur le chiffre n'est pas un cas extrême et rare, c'est le genre de dispersion que produit naturellement une activité où quelques comportements décisifs, répétés appel après appel, s'accumulent.

Le monde de la vente organisée observe exactement ça. Dans son analyse des équipes commerciales les plus performantes, McKinsey relève que les meilleurs profils peuvent être jusqu'à trois fois plus productifs que leurs pairs, et que les entreprises du quart supérieur génèrent environ 2,5 fois plus de marge brute par euro investi dans la vente que celles du quart inférieur. Ces écarts ne viennent pas d'un talent surnaturel, ils viennent de pratiques identifiables, répétées, sur les mêmes moments clés. La bonne nouvelle enfouie là-dedans, c'est que « identifiable et répété » veut dire « apprenable ».

Voilà pourquoi l'explication par le talent est doublement fausse. D'abord parce qu'elle range dans une case magique ce qui tient à deux nombres mesurables. Ensuite parce qu'elle te fait croire que l'écart est un mur infranchissable, alors que c'est une accumulation de micro-décisions dans l'appel, chacune corrigeable. Le coach à 12000 n'a pas reçu un don que tu n'as pas. Il a, sur chaque appel, une poignée de réflexes que tu n'as pas encore, et qui se voient à l'oreille dès qu'on réécoute.

Ce qu'on imagine vs comment ça se répartit vraimentCe qu'on croit : la clochetout le monde proche de la moyenneLa réalité : loi de puissanceune minorité s'envolele gros du peloton derrièreO'Boyle & Aguinis (2012) : la performance individuelle suit une loi de puissance, pas une cloche.
Illustration qualitative du résultat de O'Boyle et Aguinis (2012) sur plus de 630000 personnes. La performance individuelle ne se répartit pas en courbe en cloche autour d'une moyenne, mais en loi de puissance. Un écart de 1 à 4 entre deux coachs n'est donc pas une anomalie, c'est la forme naturelle de la dispersion.

Ton problème n'est pas en haut du tunnel§

Voici le piège dans lequel tombe presque tous les coachs, et c'est un piège logique, pas un défaut de caractère. Quand le chiffre ne monte pas, le regard se porte vers le haut du tunnel : il me faut plus de leads, plus de visibilité, une meilleure offre, un branding plus net. C'est instinctif, parce que le haut du tunnel est la partie visible, mesurable, valorisée par tout l'écosystème du marketing. Sauf que, on vient de le voir, deux des trois facteurs de ton chiffre ne vivent pas là. Ils vivent dans la conversation.

Reprends le coach A de notre exemple. Il convertit à 5 pour cent. Que se passe-t-il si, persuadé que son problème est en amont, il double son trafic pour recevoir 40 appels au lieu de 20 ? Son mois passe de 3000 à 6000 euros. Il a doublé son effort, doublé son budget, doublé sa fatigue, pour rester deux fois en dessous du coach B, qui n'a rien changé à son trafic. Il a dépensé une fortune pour dupliquer sa fuite. Le même coach A, s'il portait sa conversion de 5 à 10 pour cent sans toucher à son trafic, ferait le même bond, sans dépenser un euro. C'est ça, la différence entre travailler le facteur visible et travailler le facteur décisif.

Je ne dis pas que le trafic ne compte jamais. Si tu reçois deux appels par mois, oui, ton premier chantier est en amont. Mais dès que tu as un flux régulier de conversations, l'endroit où ton chiffre se perd n'est presque jamais le nombre d'entrées, c'est ce que tu fais des entrées que tu as déjà. Doubler un tunnel qui fuit, c'est verser plus d'eau dans un seau percé. Le geste utile, c'est de boucher le trou d'abord, et le trou est dans les 45 minutes.

C'est toute la thèse du pilier de ce blog, et la raison pour laquelle je t'y renvoie : ton problème, ce ne sont pas tes leads, c'est la démonstration par l'arithmétique de ce que cet article vient d'illustrer avec deux coachs. Pour creuser chaque facteur, la compta de tes appels t'apprend à tenir le tableau de bord des trois nombres, combien vaut un appel en euros chiffre ce que représente vraiment une conversation, et combien de leads il te faut vraiment retourne l'obsession du volume. Et si tu veux attaquer directement la colonne conversion, commence par faire monter ton taux de signature, chiffres à l'appui.

Le verdict§

Deux coachs à offre égale qui font 3000 et 12000 euros, ce n'est pas une histoire de talent, de chance ou de marketing. C'est une multiplication : appels, taux de conversion, prix tenu. Le premier facteur vit hors de l'appel, les deux autres se décident entièrement dedans, et ce sont eux qui produisent le plus souvent le rapport de 1 à 4. La conversion porte l'amplitude la plus large parce qu'elle se multiplie avec tout le reste sans coûter un euro de trafic. Le prix tenu porte la rentabilité la plus directe, puisque 1 pour cent de prix réalisé pèse en moyenne 11,1 pour cent de résultat. Les deux se jouent dans une poignée de minutes que tu ne réécoutes jamais.

La conséquence est libératrice, pas culpabilisante. Si l'écart tenait au talent, tu ne pourrais rien y faire. Puisqu'il tient à deux nombres mesurables qui se jouent dans ta conversation, tu peux les mesurer, les entendre et les corriger. Le coach à 12000 n'a pas un don que tu n'as pas. Il a des réflexes d'appel que tu peux acquérir, et qui deviennent audibles à la seconde où tu t'écoutes. Arrête de chercher ton retard en haut du tunnel. Il est dans les 45 minutes, et c'est une excellente nouvelle, parce que c'est le seul endroit que tu contrôles vraiment.

À toi de jouer§

Assez de théorie. Sors tes propres nombres et fais le calcul, il te prend dix minutes et il vaut plus que dix articles.

1. Compte tes trois nombres sur les 90 derniers jours

Ouvre ton agenda et ton compte. Compte le nombre d'appels de vente réellement passés sur trois mois, le nombre de ventes signées, et le total réellement encaissé. Trois nombres, pas un de plus. Prends la vraie période, pas ton meilleur mois.

2. Calcule ton taux et ton prix tenu réels

Ventes divisées par appels, ça te donne ton taux de conversion réel, en pourcentage. Total encaissé divisé par nombre de ventes, ça te donne ton prix tenu réel par vente. Compare ce prix tenu à ton prix affiché : l'écart entre les deux est l'argent que tu cèdes en fin d'appel sans le voir.

3. Rejoue l'équation en changeant un seul nombre

Reprends appels multipliés par taux multipliés par prix tenu, tu dois retomber sur ton chiffre. Maintenant, garde tout figé et remplace ton taux par une version un cran au-dessus, réaliste. Note le nouveau chiffre. Recommence en ne bougeant que le prix tenu jusqu'à ton prix affiché. Note. Tu tiens devant toi le classement de tes trois facteurs par impact.

4. Identifie le nombre qui bouge le plus pour le moins d'effort

Regarde lequel des deux essais a le plus fait grimper ton chiffre. Neuf fois sur dix, ce n'est pas le trafic, c'est la conversion ou le prix tenu, c'est-à-dire un moment précis de ton appel. C'est ta priorité du trimestre, celle qui rapporte le plus vite, sans un euro de pub en plus.

5. Va écouter l'appel où ce nombre se joue

Réécoute un appel qui n'a pas signé, ou un appel où tu as cédé sur le prix. Repère la minute exacte où ça bascule : la question que tu n'as pas posée, le silence que tu as meublé par une remise. C'est là, à cette minute-là, que vit ton rapport de 1 à 4. Et cette minute, tu peux la réécrire.

Si en faisant ce calcul tu tombes sur un taux ou un prix tenu qui te fait mal, c'est une bonne nouvelle : tu viens de trouver l'endroit exact où récupérer ton chiffre.

Tu as fait le calcul et tu veux qu'on ouvre l'appel où le nombre fuit ? En 30 minutes, je te livre ta décomposition chiffrée en appels, taux et prix tenu, et je te montre la minute précise de ton appel où se perd le rapport de 1 à 4. Tu repars avec un nombre et une correction, pas avec un « on regarde ensemble ».

Tu vois la décomposition. Voilà par où on continue, chiffres à l'appui :

« Mon vrai souci, c'est pas les leads ? » → la démonstration par l'arithmétique
« Je ne tiens pas mes chiffres » → la compta de tes appels
« Je fais des appels mais je ne signe pas » → là où fuit ta conversion

Tu veux qu'on regarde tes vrais appels et qu'on trouve d'où sort ton écart de chiffre ? On fait ça en 30 min.

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Un terme technique t'échappe ? Consulte le lexique →

Questions fréquentes

Parce que le chiffre du mois n'est pas un bloc, c'est un produit de trois facteurs : le nombre d'appels, le taux de conversion et le prix réellement tenu par vente. Deux coachs peuvent afficher la même offre au même prix, recevoir le même nombre d'appels, et finir à 3000 et 12000 euros simplement parce que l'un signe un appel sur vingt en cédant sur le prix, et l'autre un sur cinq en tenant son tarif. Le talent, la chance et le marketing expliquent bien moins l'écart que ces deux nombres, qui se jouent tous les deux à l'intérieur de la conversation de vente.

Les deux se jouent dans l'appel, mais la conversion a l'amplitude la plus large. Passer de 5 à 20 pour cent de signature multiplie le chiffre par quatre à volume et prix constants, alors qu'aucun coach ne peut multiplier son prix affiché par quatre du jour au lendemain. Cela dit, le prix tenu est le facteur le plus rentable une fois la conversion en place : selon Marn et Rosiello (Harvard Business Review, 1992), 1 pour cent de prix réalisé en plus fait gagner en moyenne 11,1 pour cent de résultat opérationnel. Le bon ordre est donc : d'abord faire monter la conversion, ensuite arrêter de brader.

Prends trois mois d'appels. Compte le nombre d'appels de vente réellement passés, le nombre de ventes signées, et le prix moyen réellement encaissé par vente (paiements échelonnés et remises compris). Tu obtiens ton taux de conversion réel et ton prix tenu réel. Multiplie appels par taux par prix : tu retrouves ton chiffre. Ensuite, remplace un seul nombre à la fois par une version améliorée réaliste et regarde ce que ça change. Le facteur qui bouge le plus ton chiffre pour le moins d'effort est celui sur lequel travailler en premier, et il est presque toujours dans l'appel.

Rarement, si tu as déjà des appels qui rentrent. Le nombre d'appels est le facteur le plus visible et le plus coûteux à augmenter, donc c'est celui qu'on accuse en premier. Mais si tu convertis 1 appel sur 20 en cédant sur ton prix, doubler ton trafic ne fait que doubler une fuite. Le même effort mis sur la conversation de vente, où se décident le taux et le prix tenu, rapporte beaucoup plus vite. C'est tout l'objet du pilier : ton problème, ce ne sont pas tes leads.

Sources

Décomposition construite à partir de l'analyse de plus de 170 appels de coachs et consultants, croisée avec la littérature économique sur le prix et la performance : l'arithmétique de croissance (Abraham), l'effet du prix réalisé sur le profit (Marn & Rosiello ; Simon), la dispersion des prix (Stigler), la dispersion de la performance individuelle (O'Boyle & Aguinis) et la productivité commerciale (McKinsey). Les figures illustrent la mécanique de façon qualitative ou à partir d'exemples chiffrés explicitement étiquetés « exemple », sans donnée statistique inventée.

Marn, M. V. & Rosiello, R. L. (1992), « Managing Price, Gaining Profit », Harvard Business Review, sept.-oct. 1992 : pour l'entreprise moyenne, 1 % de prix réalisé en plus augmente le résultat opérationnel de 11,1 % à volume constant. hbr.org

Simon, H. (2015), Confessions of the Pricing Man: How Price Affects Everything, Springer/Copernicus : parmi les trois moteurs du profit (volume, coût, prix), le prix est le plus puissant et le plus négligé ; exemple Sony (+2 % de prix, profit ~+236 %). springer.com

O'Boyle, E. & Aguinis, H. (2012), « The Best and the Rest: Revisiting the Norm of Normality of Individual Performance », Personnel Psychology, 65, 79-119 : sur 633 263 individus, la performance individuelle suit une loi de puissance (paretienne), pas une distribution normale. Wiley Online Library

Stigler, G. J. (1961), « The Economics of Information », Journal of Political Economy, 69(3), 213-225 : la dispersion des prix est ubiquitaire même pour des biens homogènes, et constitue « la mesure de l'ignorance sur le marché ».

McKinsey & Company, « How top performers outpace peers in sales productivity » : les meilleurs profils commerciaux peuvent être jusqu'à 3 fois plus productifs, et le quart supérieur des organisations génère ~2,5 fois plus de marge brute par euro investi dans la vente. mckinsey.com

Marn, M., Roegner, E. & Zawada, C., « The Power of Pricing », McKinsey Quarterly : le « pocket price band » montre que le prix réellement réalisé varie fortement d'un client à l'autre pour un même produit ; gagner 1 % de prix réalisé a un impact majeur sur le profit. mckinsey.com

Abraham, J. (2000), Getting Everything You Can Out of All You've Got : un chiffre d'affaires ne croît que de trois façons, plus de clients, panier moyen plus élevé, fréquence d'achat plus élevée ; ces facteurs se multiplient au lieu de s'additionner.

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Léo Fanouillet

Léo Fanouillet · Académie Sales

Moi c'est Léo. Ex-fiscaliste, aujourd'hui j'analyse les appels de vente des indépendants comme je lisais leur compta : des chiffres, une fuite, une correction. Zéro promesse magique, zéro jargon de gourou. Si tu veux en parler, écris-moi en DM.

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Léo Fanouillet

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Salut, c'est Léo. Une fois par semaine, je t'envoie un vrai appel de vente décortiqué : les chiffres, la fuite, la correction. Comme si on regardait ta vente ensemble.

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