Réflexion : le temps volé
La réunionite : combien d'années de ta vie en réunions inutiles ?
Fais le calcul une fois, juste pour le vertige : deux heures de réunion par jour, quarante ans de carrière, ça te fait des ANNÉES de ta vie assis à écouter des trucs qui se décident pas. Et le plus fou, c'est que même les gens dans la salle les trouvent inutiles. Alors pourquoi ça existe ? Parce qu'une réunion, ça sert à un truc qui n'a rien à voir avec bosser : ça sert à montrer qu'on est là. À se rassurer, à se couvrir, à exister aux yeux du chef. « Regardez, je participe. » C'est du théâtre. Et ça, ça m'a sauté aux yeux quand je suis passé dans un métier où on te juge sur ce que tu ramènes, point. Personne ne compte tes heures de réunion, parce que personne ne compte tes heures. Tu peux bosser deux heures ou dix, si le résultat est là, il est là. Du coup la réunionite, elle existe même plus, elle a aucun sens. Le jour où on te paie pour produire et plus pour être présent, tout ce cirque tombe.
Fais le calcul, il fait peur. Quelques heures de réunions par jour, cinq jours par semaine, quarante ans de carrière : le total se chiffre en années entières de ta vie, assis dans une salle ou devant une visio. Et si toutes ces réunions étaient utiles, on ne dirait rien. Le problème, c'est qu'une grande partie ne l'est pas, de l'aveu même de ceux qui les subissent. La réunionite n'est pas un détail agaçant. C'est un symptôme.
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- Sur une carrière, le temps passé en réunions se compte en années entières.
- Une large part est jugée inutile par les participants eux-mêmes : ce n'est pas qu'une impression.
- Les réunions se multiplient pour de mauvaises raisons : remplir le temps, se rassurer, diluer les responsabilités.
- La réunionite révèle un travail organisé autour de la présence et du paraître, pas du résultat.
Le calcul qui fait mal§
Posons les chiffres. Imagine deux heures de réunions par jour en moyenne, une hypothèse basse pour beaucoup de postes. Sur une semaine, c'est dix heures. Sur une année de travail, des centaines d'heures. Sur une carrière de quarante ans, on dépasse allègrement l'équivalent de plusieurs années passées en réunion, à temps plein. C'est vertigineux, et ça ne compterait pas si ce temps était bien employé.
Or il ne l'est souvent pas. Les études sur le sujet convergent : une part importante des réunions sont jugées inefficaces par les participants eux-mêmes, ceux qui y sont. Non par des critiques extérieurs, par les gens dans la salle. Ce n'est donc pas une mauvaise humeur d'employé grincheux, c'est un constat partagé et mesuré. Reste à comprendre pourquoi, si tout le monde les trouve inutiles, elles ne cessent de se multiplier.
Pourquoi elles se multiplient§
Si les réunions prolifèrent malgré leur inutilité reconnue, c'est qu'elles rendent des services qui n'ont rien à voir avec la productivité. D'abord, la loi de Parkinson : le travail s'étale pour remplir le temps disponible, et les réunions sont le meilleur moyen de remplir un agenda sans produire. Ensuite, la réassurance : réunir tout le monde donne l'impression d'avancer, de contrôler, de « faire quelque chose », même quand rien ne se décide.
S'ajoute la dilution des responsabilités : décider seul, c'est risqué ; décider à douze en réunion, c'est se couvrir. Et enfin, le plus insidieux, la réunion comme preuve de présence : être vu, participer, exister aux yeux des autres. Beaucoup de réunions ne servent pas à décider, elles servent à montrer qu'on est là. Voilà la vraie fonction cachée de la réunionite, et elle en dit long sur la logique du travail de bureau.
Ce que la réunionite révèle§
Au fond, la réunionite est le symptôme d'un monde du travail organisé autour de la présence et du paraître, pas autour du résultat. Dans une culture qui mesure la valeur au temps passé et à la visibilité, la réunion est reine : elle occupe, elle montre, elle rassure. Peu importe qu'elle produise. Ce qui compte, c'est d'être là, d'avoir participé, d'avoir « donné son avis ».
Et c'est là que le contraste devient éclairant. Il existe une autre logique de travail, où l'on n'est jugé que sur ce qu'on produit. Dans un métier orienté résultat, personne ne compte tes heures de réunion, parce que personne ne compte tes heures tout court : on regarde ce que tu ramènes. Une activité autonome où la mesure est le résultat rend la réunionite absurde : pourquoi passer deux heures à montrer qu'on travaille, quand seul le travail produit compte ? Les métiers de la vente, par exemple, ont cette pureté : tu peux enchaîner les réunions ou n'en faire aucune, à la fin on regarde tes chiffres. La réunionite disparaît d'elle-même dès qu'on cesse de payer les gens pour être présents et qu'on les paie pour produire.
Alors la prochaine fois que tu ressors d'une réunion en te demandant à quoi elle a servi, pose-toi la vraie question : est-ce que je travaille dans un endroit qui valorise ce que je produis, ou juste le fait que je sois là ? La réponse en dit plus long sur ton avenir que sur ta matinée perdue.
- Fais le calcul : sur une carrière, le temps en réunions se compte en années entières.
- Rappelle-toi que leur inutilité n'est pas une impression : elle est constatée par les participants eux-mêmes.
- Repère leurs vraies fonctions : remplir le temps, se rassurer, se couvrir, montrer qu'on est présent.
- Vois la réunionite pour ce qu'elle est : le symptôme d'un travail jugé à la présence, pas au résultat.
- Demande-toi si ton travail valorise ce que tu produis ou juste ta présence : la réponse compte pour ton avenir.
Sur une carrière, le temps passé en réunions se compte en années entières, et ça ne poserait aucun problème si ce temps était bien employé. Il ne l'est souvent pas : une part importante des réunions sont jugées inutiles par les participants eux-mêmes, un constat mesuré, pas une humeur d'employé grincheux.
Si elles prolifèrent malgré tout, c'est qu'elles rendent des services étrangers à la productivité : elles remplissent le temps disponible, rassurent en donnant l'impression d'avancer, diluent les responsabilités, et surtout servent de preuve de présence, une façon de montrer qu'on est là.
Questions fréquentes
Beaucoup plus qu'on ne croit. En comptant même une hypothèse basse de deux heures par jour, on atteint des centaines d'heures par an, et sur une carrière de quarante ans, l'équivalent de plusieurs années entières à temps plein passées en réunion. Le problème n'est pas le principe de se réunir, mais le fait qu'une large part de ce temps est jugée inefficace par les participants eux-mêmes.
Parce qu'elles rendent des services étrangers à la productivité. La loi de Parkinson fait que le travail s'étale pour remplir le temps disponible, et la réunion remplit un agenda sans produire. Elles rassurent (réunir donne l'impression d'avancer), diluent les responsabilités (décider à douze couvre chacun), et surtout servent de preuve de présence : beaucoup de réunions ne servent pas à décider mais à montrer qu'on est là. C'est pourquoi elles se multiplient malgré leur inutilité reconnue.
Qu'il est largement organisé autour de la présence et du paraître, pas du résultat. Dans une culture qui mesure la valeur au temps passé et à la visibilité, la réunion est reine : elle occupe, elle montre, elle rassure, peu importe qu'elle produise. À l'inverse, dans un travail où l'on n'est jugé que sur ce qu'on produit, la réunionite devient absurde, car personne ne compte les heures, on regarde ce qui est ramené.
À l'échelle individuelle, on peut refuser les réunions sans ordre du jour, proposer des formats courts, protéger des plages de concentration. Mais la vraie sortie est structurelle : viser un travail où la mesure est le résultat et non la présence. Dans un métier orienté résultat (comme la vente), passer du temps à montrer qu'on travaille n'a aucun intérêt, puisque seul compte ce qu'on produit. La réunionite disparaît d'elle-même quand on cesse de payer les gens pour être présents.
Avant de te lancer, le cerveau trouve toujours une raison de reculer. Les trois plus courantes :
« C'est trop tard pour moi » → ce que dit vraiment la science
« C'est une arnaque » → la vérité, sans filtre
« Il faut être une grande gueule » → pourquoi c'est faux
Une fois le doute levé, la présentation te montre la méthode complète.
Un terme technique t'échappe ? Consulte le lexique du closing →
Méthodo : cet article s'appuie sur des travaux réels (Rogelberg sur la science des réunions, Perlow et al. en HBR, Work Trend Index de Microsoft, Bailenson sur la fatigue en visio, loi de Parkinson), sans statistique inventée. Le calcul de temps est un ordre de grandeur illustratif.
Rogelberg, S. (2019), The Surprising Science of Meetings, Oxford University Press : une part importante des réunions sont jugées inefficaces par les participants eux-mêmes.
Perlow, L., Hadley, C. & Eun, E. (2017), « Stop the Meeting Madness », Harvard Business Review : le coût organisationnel et humain des réunions excessives, et le gain à en supprimer.
Microsoft, Work Trend Index : forte hausse du temps passé en réunions et son coût sur la concentration et la charge mentale.
Bailenson, J. (2021), Technology, Mind, and Behavior (Stanford) : les causes documentées de la fatigue liée aux visioconférences (Zoom fatigue).
Parkinson, C. N. (1955), The Economist : le travail, et les réunions, s'étalent pour occuper le temps disponible.
